La fabrique du consentement et du mensonge

« …la fausse nouvelle est le miroir où la « conscience collective » contemple ses propres traits. » Marc Bloch.[i]

La chasse aux « fake news » n’est pas sans danger pour la vérité. Une vidéo a beaucoup tourné et indigné : une meute de policiers tabasse longuement un homme identifié comme un « street medic ». Mais ces policiers de l’ont pas identifié comme tel. Il a pu leur crier« street medic ». Ils ont pu entendre : « mort aux flics ». On ne parlera donc pas de pogrom, mais de lynchage.

Parallèlement, une rumeur se répand et est bientôt confirmée : un homme est mort à  Paris, ce 17 octobre, aux alentours des manifestations. Ces alentours sont vastes, grâce aux instructions du gouvernement pour le maintien de l’ordre. Le slogan que devraient crier les gens dans la rue, c’est : « Macron nous fout la merde et sa police aussi ». La confusion était telle qu’on a pu chercher à éviter la place de la République le soir, la contourner, pour rentrer chez soi, pour trouver un métro sur la ligne 2 et, chemin faisant, rencontrer un regroupement des personnes s’évertuant à ranimer un homme dans un état déjà un peu cadavérique.

Dans ces conditions, il est assez normal qu’un lien se fasse entre la confirmation de la mort d’un homme et les images de ce qui semblait une mise à mort.

Marc Bloch le disait déjà : « L’erreur ne se propage, ne s’amplifie, ne vit enfin qu’à une condition : trouver dans la société où elle se répand un bouillon de culture favorable. En elle, inconsciemment, les hommes expriment leurs préjugés, leurs haines, leurs craintes, toutes leurs émotions fortes. »

A partir de là, la chasse aux « fake news » est lancée, mais avec des préjugés.

20MINUTES titre : Le street médic roué de coups à Paris n’est pas mort[ii]. Puis résume l’essentiel : « Contrairement aux rumeurs… Antoine a confirmé être « bien vivant ». L’autrice ne semble pas croire ce qu’elle écrit. Mais elle confirme d’autres rumeurs. « Deux hommes sont effectivement décédés durant le week-end à Paris et le parquet a indiqué avoir ouvert des enquêtes sur ces deux décès survenus sur la voie publique « sans qu’aucune responsabilité d’un tiers ne soit suspectée à ce stade »[iii] ». Plus loin, on apprend que, toujours selon le parquet, Antoine, « se déclarant victime de violences, une enquête a été ouverte ». L’autrice semble faire une grande confiance au parquet, mais ça peut s’avérer glissant.

France Intox veut faire plus sérieux : une vidéo croisée d’Antoine et d’une narratrice qui commente les images du lynchage. Elle semble une pro de la chasse aux « fake news ». Le récit est plus construit, plus court. Mais la fin diffère un peu : « Antoine n’a pas déposé plainte ».[iv]

Le préjugé de ces deux publications qui prétendent distinguer le vrai du faux, c’est que leur seul objectif est de prouver que l’homme qu’on voit sur les vidéos n’est pas mort. Mais les vrais problèmes, ce sont les violences policières, injustifiables dans le cas d’Antoine, et leur banalisation. Concernant le survivant de la place de la République, la police n’a pas tué, mais il s’en est fallu de peu. Le fact-checking (ou vérification des faits) comme pratique journalistique est une supercherie. Les mêmes organes de presse diffusent de grossiers mensonges et prétendent en dénoncer des « fausses nouvelles ». Cette fois, la direction de Médiapart, pourtant pas très insoumise, dévoile les confidences d’un commissaire du renseignement territorial : « Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques ».

« Le plus souvent, écrivait encore Marc Bloch, la fausse nouvelle de presse est simplement un objet fabriqué ». Le fact-checking aussi.


[i] Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre Marc Bloch (1921)

[ii] https://www.20minutes.fr/societe/4256028-20261020-manifestation-17-octobre-street-medic-roue-coups-paris-mort

[iii] Citation du parquet

[iv] https://www.youtube.com/shorts/gSE76eavXCs

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