Le degré Zemmour de la pensée(suite)

Dans un film catastrophe, Zemmour pourrait succéder à Macron. CNews et Valeurs Actuelles exulteraient. En réalité, ce qui oppose les deux guignols est bien moins important que ce qui les rapproche : ils sont arrogants, imbus d’eux-mêmes et imbuvables. Ils ont des conceptions assez voisines du pouvoir, de la justice, et aussi, malgré des divergences apparentes, de l’histoire de France. Et ils sont d’abord des agents et des produits de la société du spectacle.

« Macron a vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture, notre liberté, notre énergie, nos espoirs, nos existences.

Il a tout vidé parce qu’il est à lui le grand vide, le gouffre. En 2017, la France a élu le néant et elle est tombée dedans. »

Zemmour, le 5 décembre 2021[i]

« Ce type n’est pas fini, ce type dit tout et le contraire de tout, donc moi je dis : oui, Emmanuel Macron, c’est le vide et c’est un adolescent qui n’est pas fini »

Zemmour, le 7 décembre 2021[ii]

Ce qui est remarquable dans ces portraits à charge, c’est qu’ils sont aussi des autoportraits inconscients : « grand vide », « adolescent qui n’est pas fini ».

Bon. Moi aussi, quand j’étais petit, j’ai joué aux petits soldats sur le tapis de ma chambre en rêvant d’empire. Eux n’ont jamais cessé. La différence, c’est que l’un est parvenu au pouvoir, par le moyen d’un « hold-up » médiatique. D’une certaine façon, ils rejouent le sketch de Villepin et de Sarkozy dans leur rapport à l’Empire. Moins sage que Villepin qui ne s’est pas aventuré dans la conquête du trône face à Sarkozy, Zemmour, monté sur ses ergots, semble défier Macron les yeux dans les yeux.

Mais celui-ci s’est contenté jusqu’à présent de nous jouer un Louis Napoléon jupitérien et disruptif, et un « Badinguet » doublé d’un « Foutriquet » depuis la crise des Gilets Jaunes. En revanche, le « petit juif Français venu de l’autre côté de la Méditerranée », comme il aime à se présenter[iii], semble toujours se voir dans la peau de Napoléon le Grand. Il devrait se souvenir de Sarkozy, essayant de singer, face à Poutine, la rencontre des deux empereurs sur Niemen le 25 juin 1807 .

https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/video-la-soi-disant-ivresse-de-sarkozy-a-moscou-en-2007-expliquee-par-un-tete-a-tete-virulent-avec-poutine_1970713.html

Au fond, Macron et Zemmour ont la même fascination pour « La belle histoire de France », façon Bolloré-CNews. On a le « roman national » qu’on peut. Ils devraient essayer « La petite histoire de France », beaucoup mieux racontée et plus instructive (quoique inégale) sur une chaîne concurrente. C’est donc sans surprise qu’on les a vus l’un comme l’autre se tourner vers le vicomte de Villiers, et chercher à se faire adouber par lui.

Tous les deux ont aussi en commun d’avoir raté une marche vers la méritocratie : l’un le concours de l’ENA, l’autre celui de Normale Sup.

Enfin, une autre chose les rapproche et les distingue : leurs rapports avec les femmes et avec les hommes. L’un s’est laissé déflorer vers l’âge de 16 ans. L’autre aurait rencontré sa présente égérie alors qu’elle avait 13 ans, mais aurait attendu presque trois quinquennats avant de l’honorer.[iv]

On peut penser que Zemmour a mis en pratique des idées qu’il développait dans Le premier sexe en 2006 : « De notre passé d’homme des cavernes, de notre bestialité, de notre virilité, il nous rappelle que la virilité va de pair avec la violence, que l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant » ; « Un garçon, ça va, ça vient, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça n’a pas de forteresses imprenables, mais seulement mal assiégées ».

Mais il dit aujourd’hui qu’il ne faut plus lui parler de ses livres.

En revanche, on peut avoir une autre perception de la virilité de Zemmour et de Macron. L’un comme l’autre ont été élevés par des femmes, en quelque sorte. Mais ce sont les hommes qu’ils se sont efforcé de séduire.

On sait que Castaner a déclaré assumer la « dimension amoureuse » de sa relation avec Macron.

https://www.bfmtv.com/politique/elysee/castaner-assume-la-dimension-amoureuse-de-sa-relation-avec-macron_AN-201709290064.html

Quant à Zemmour, depuis 2007, un blog consacré à sa modeste personne s’intitule simplement : « Le blog de ceux qui l’aiment ».

http://ericzemmour.blogspot.com/

Enfin, on a vu comment ils ont pu se comporter avec les « mâles dominants », l’un avec un Balkany sur le plateau d’On n’est pas couché, l’autre avec un Trump lors de visites d’Etat.


[i] « En 2022, ce n’est pas seulement la personne d’Emmanuel Macron que nous allons vaincre. Mais mieux : son idéologie. Ce système dont il est le porte drapeau, le porte parole et l’exécutant.

Derrière de la parfaite intelligence technocratique, derrière les slogans contradictoires, derrière le en même temps synonyme de désordres et le quoi qu’il en coûte synonyme de ruine, il n’y a personne, il n’y a rien.

Macron a vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture, notre liberté, notre énergie, nos espoirs, nos existences.

Il a tout vidé parce qu’il est à lui le grand vide, le gouffre. En 2017, la France a élu le néant et elle est tombée dedans.

Nous laisserons dans sa vitrine ce mannequin de plastique, cet automate qui erre dans un labyrinthe de miroirs, ce masque sans visage… »

Extraits de son discours de Villepin repris avec insistance le lendemain sur la radio gouvernementale, on se demande bien pourquoi. Pour édifier les auditeurs ?

[ii] https://www.youtube.com/watch?v=yOsjYPjKWq8

[iii] https://lesamisdericzemmour.fr/zemmour-villepinte/

vers 28 minutes 30

[iv] C’est ce que raconte le site Time of Israël :

https://fr.timesofisrael.com/eric-zemmour-son-judaisme-son-identite-francaise-et-toutes-ses-polemiques/

« Ben, voyons »
Eric Zemmour (élément de langage)

Les amis d’Eric Zemmour s’offusqueraient du portrait croisé que je viens de faire, et lui-même n’opinerait pas du chef.

Zemmour s’est imposé dans le monde médiatique en prétendant s’y opposer. Il ne cesse de rappeler qu’il écrit des livres. On est dispensé de les lire, puisqu’il dispense le contenu et la pensée depuis vingt ans dans la presse écrite (Le Figaro), à la télévision (de France 2 à CNews) et à la radio.

Je dois avouer que je l’ai trop longtemps regardé dans On n’est pas couché, d’abord en compagnie de Polack, puis en celle de Naulleau. Je dois avouer aussi que j’ai lu un de ses livres : Le coup d’Etat des juges.

Ce qui m’amusait chez Ruquier, c’était ses confrontations avec Jonathan Lambert. Celles avec Naulleau n’en étaient pas. Ils étaient d’accord sur à peu près sur tout.[1]

De 2007 à 2011, les deux compères prennent leurs aises chez Ruquier. Mais ce qui est à remarquer, c’est le type de jeu que les duettistes installent entre eux : Naulleau apparaît, non pas comme le contradicteur de Zemmour, mais comme son modérateur, voire son protecteur contre des contradicteurs qui lui font peur physiquement.

C’est sans doute une seconde nature qu’il a acquise dans la cour de récréation quand il était petit. Et on sait sa fragilité physique depuis que, le 5 décembre, un gros câlin en public lui a causé une blessure au poignet et lui a valu « neuf jours d’ITT ».

https://www.leparisien.fr/faits-divers/qui-est-lagresseur-deric-zemmour-au-meeting-de-villepinte-08-12-2021-BJ5VKWEVORCMZDBMTHEY7EBZQM.php

 « Moi, fasciste  ? »
Eric Zemmour, le 5 décembre 2021 à Villepinte

Zemmour réfute préalablement cette accusation avec deux arguments d’autorité :

1) Un argument ontologique : étant Juif, il ne peut être fasciste.

2) Un argument historique : le fascisme aurait disparu en 1945.

Fort de ces deux arguments, l’agitateur se croit autorisé à dire des horreurs et à se poser en victime face à une indignation vertueuse qui est généralement une mauvaise politique.

Mais lui qui se pique d’histoire, il se garde bien de prendre acte de la fin du communisme en 1989, avec la chute de l’URSS. Il a d’ailleurs ressorti la « menace communiste » lorsqu’il s’est fait malmener par Mélenchon[2]. Il ne parlait pas de la Chine dont il sait très bien qu’elle n’a de communiste que le nom du parti unique.

En dénonçant dans « l’antifascisme » la propagande communiste des années trente, il ne fait que confirmer la justification officielle du fascisme et du nazisme : la lutte contre le bolchevisme.

Guy Debord le disait autrement en 1967 : « Le mouvement ouvrier révolutionnaire, entre les deux guerres, fût anéanti par l’action conjuguée de la bureaucratie stalinienne et du totalitarisme fasciste, qui avait emprunté sa forme d’organisation au parti totalitaire expérimenté en Russie. Le fascisme a été une défense extrémiste de l’économie bourgeoise menacée par la crise et la subversion prolétarienne, l’état de siège dans la société capitaliste, par lequel cette société sauve, et se donne une première rationalisation d’urgence en faisant intervenir massivement l’Etat dans sa gestion. »

Quant à l’argument ontologique, il faut se garder de juger le phénomène fasciste uniquement à travers le prisme de l’antisémitisme nazi : c’est atteindre aussitôt le fameux point Godwin.

Au lendemain de son élection, j’avais posé la question : Macron est-il fasciste ?

Il n’est pas nécessaire de la poser concernant Zemmour qui est fasciné par la pensée fasciste et ne prend même pas La Pen de s’en casher.

« Il suivait son idée. C’était une idée fixe et il était surpris de ne pas avancer. »
Jacques Prévert

Lorsque je considère le bonhomme, je me dis que quelques idées fixes l’ont fait s’enfoncer dans le pire. Son fascisme, il l’habille aux oripeaux d’une France éternelle qui n’a existé que dans son cerveau malade de ses obsessions. Les titres de ses livres sont là pour le souligner et il est persuadé que c’est la France qui parle quand il ouvre son bec : Une certaine idée de la France, Mélancolie française, Le Suicide français, Destin français, La France n’a pas dit son dernier mot, Le Premier Sexe, Z comme Zemmour

La nostalgie est au centre de sa pensée. Il regrette le général de Gaulle et Thierry la Fronde, les frontières de l’Empire en 1810 et les émissions de Guy Lux, la grandeur de la France et Bonne nuit, les petits.

Il ne cesse de rappeler ses origines populaires dans la banlieue parisienne. Il rappelle aussi parfois ses origines juives, mais pour rappeler qu’il se définit comme un Français d’origine israélite  et qu’il se reconnaît aisément dans la formule du général :« un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur. »

http://www.dailymotion.com/video/x3r723_un-peuple-d-elite-sur-de-lui-et-dom_news

Il a une formule magique : « La gauche a oublié le peuple et la droite la nation. » Il a même une pensée historique, quand elle n’est pas hystérique.

L’histoire de France, il rappelle à toute occasion qu’il la revendique en bloc, comme de Gaulle : de la Monarchie et la République, mais avec un petit faible pour l’Empire. Son idée, ce serait d’opposer l’idée française de la France et du monde à l’idéologie commerciale des anglo-saxons qui domine le monde. Il est marxiste à sa façon, comme un cuistre.

Certes il est plus intelligent que la plupart de ses admirateurs et de ses détracteurs. Mais si les premiers ont de mauvaises raisons pour l’aimer, les autres ont généralement de mauvais arguments à lui opposer.Et surtout, il semble toujours soucieux de conserver l’adulation de ceux que Cabu, ce sociologue du XXè siècle, appelle des beaufs. Il est leur candidat parce qu’il leur donne l’impression d’être érudits, voire intelligents.

Ainsi, prétendant s’inspirer des marxistes et d’une phrase qu’aurait prononcée le général de Gaulle, il affirme : « La France est un pays de race blanche ».

On a envie de lui rétorquer : « La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français. »

Céline, Voyage au bout de la nuit (1932).

Il est le petit bonhomme du ressentiment qui signe Z comme Zorro, zob, zizi, Zemmour.

Toute sa prose se résume une idée : le cauchemar immigré dans la décomposition de la France. Cependant le livre portant ce titre, paru en 1988, n’est pas de lui, mais d’un franco-algérien, Mezioud Ouldamer, qui précise la nature du cauchemar :

« Lorsque le SIDA, la bombe atomique et la télévision ne font plus vraiment peur, il reste un dernier sujet de terreur : les immigrés. »

« Chère Léa »
Eric Zemmour, le 16 décembre sur Radio Paris

Il s’était plaint d’avoir été maltraité par le « discret » Gilles Bouleau[3]. Il a été bien mieux reçu par Salamé et Demorand sur ce service public qu’il veut privatiser.[4]

Il était bien naïf, le chroniqueur de CNews, de s’imaginer pouvoir faire le kakou sur une chaîne appartenant à un autre milliardaire[5], moins puissant financièrement, mais plus légitimiste et plus proche du pouvoir macronien. Il s’est donc fait traiter comme un collègue qu’on ne prend pas au sérieux (« Dis-moi qui t’a fait roi ? »)

En revanche, sur Radio Paris, on était entre collègues bienveillants. De « gauche » certes, mais d’une « gauche » qui n’a qu’un ennemi : Mélenchon.

Entre temps, dans son meeting de Villepinte, parlant de ses ennemis, il avait retrouvé sa morgue :« Ils croient être nos opposants. Ils sont en réalité nos meilleurs alliés. »

Merci Léa.

Conclusion provisoire

« chaque employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence ».

Laurence Johnstone PETER (1970)

Eric Zemmour candidat, c’est d’abord un employé de Bolloré en mission.[6]

Evidemment, il croit beaucoup à ce qu’il dit même s’il se contredit et ne veut plus désormais qu’on lui parle des livres qui ont fait son succès, matériel notamment, ben voyons.

Il défend la France et les Français avec une sincérité aussi grande que celle du chancelier Hitler défendant les Allemands des Sudètes et du « Corridor de Dantzig ».[7]

Il incarne lui aussi, comme La Pen et d’une autre façon Macron[8], une forme de « fascisme à la française ». Ce fascisme a la particularité de n’avoir jamais accédé au pouvoir par ses propres moyens, mais grâce à l’intervention d’une armée étrangère.. La première fois, c’est en 1871 : les « Versaillais » écrasent les gueux, la Commune et la révolution sociale. La seconde fois, c’est toujours avec le secours de l’armée allemande, cette « Révolution nationale » de « Vichy » qui plait tant au candidat qui ne veut plus qu’on lui parle de ses livres.

Ce qui est en jeu, c’est toujours la « peste émotionnelle » (Wilhelm Reich), la « peste identitaire » (Maxime Rodinson).

Debord, lui, écrivait : « Le fascisme est l’archaïsme techniquement équipé ».

Zemmour dans la course présidentielle, c’est « en même temps » le candidat de Bolloré pour faire pression sur Macron et le candidat de Macron pour contenir La Pen et Pécresse.

S’il s’aperçoit un peu tard qu’il est leur dupe, il risque de tomber de haut, lui qui a déjà succombé au démon de midi et demi.

La société du spectacle n’a pas forcément besoin de l’adhésion des masses. Elle peut s’en accommoder comme s’en moquer. Elle peut pousser les masses aux urnes ou les contraindre à l’abstention, rétablir de fait un suffrage censitaire. Debord note cependant que « le fascisme se trouve être la forme la plus coûteuse du maintien de l’ordre capitaliste »[9].


[1] Ils disaient aimer le rock. Mais Ruquier les avait choisis parce que, à ses yeux, ils incarnaient une figure de gauche et une figure de droite. Bon. Puis, pour remplacer Zemmour, il a choisi Natacha Polony. Se prépare-t-elle pour 2027 ?

Je dois avouer aussi avoir lu un livre de Naulleau, Au secours, Houellebecq revient ! Je l’ai trouvé assez drôle. Mais je n’ai jamais compris en quoi il était de gauche. Certes, Alain Soral, avec qui il a commis un livre, aurait été membre du PCF. Mais le PCF était-il de gauche ?

[2] https://www.lepoint.fr/…/coignard-melenchon-zemmour…

Comme de bien entendu, Geoffroy Lejeune a vu Zemmour vainqueur de Mélenchon. L’amour est aveugle, surtout quand on est imbibé. Mais qu’une chienne de garde comme Sophie Coignard, qui mange du Mélenchon tous les mains au petit déjeuner, soit contrainte de titrer son éditorial : « Un match nul » !

[3] https://www.youtube.com/watch?v=ehmwCX3h13o

C’est doublement une affaire de famille : 1) Hanouna a de la sympathie pour son cousin Zemmour et le fait savoir ; 2) ça se passe sur C8 et l’on y dresse des lauriers à un chroniqueur de CNews. Heureuse surprise : Jean Lasalle fait face au directeur de la propagande de Zemmour et lui fait remarquer que le roi est nu.

[4] https://www.lefigaro.fr/medias/eric-zemmour-veut-privatiser-france-inter-et-france-televisions-20211215

[5] Bolloré est actuellement la 14ème fortune française avec 8 222 M€ ; Bouygues la 41ème avec seulement 3 200 M€.

https://www.challenges.fr/classements/fortune/

[6] Radio Paris, L’instant M du 19/11/2021.

[7] « Alors commença une terreur intolérable, une oppression physique et économique du million et demi d’Allemands que l’on compte encore dans les territoires séparés du Reich. Je ne veux pas parler ici des horreurs qui ont été commises. Mais Dantzig lui-même, à la suite des empiétements incessants des autorités polonaises, a pris progressivement conscience de se trouver livré d’une façon évidente, sans chance de salut, à l’arbitraire d’une force étrangère au caractère national de la ville et de la population. » Réponse du chancelier Adolf Hitler à Son Excellence M. DALADIER, Président du Conseil des Ministres de France, transmise le 27 août 1939 par M. Coulondre, ambassadeur de France à Berlin ) M. Bonnet, ministre des Affaires Etrangères (Le livre jaune français, 1939, document 267)

[8] « un tel coup d’État exigerait l’accord, voire la participation, du Rassemblement national qui, implicitement, contrôle la moitié des forces de l’ordre et de l’armée, les hommes du rang plutôt que les gradés d’ailleurs. Une telle hypothèse semblera absurde à qui prend au sérieux la théorie de l’affrontement inexpiable de l’élitisme macroniste et du populisme frontiste. Mais si nous nous souvenons du fond idéologique commun aux deux forces – abolition fascistoïde de la distinction gauche-droite, désignation d’un ennemi intérieur et inférieur (les immigrés, le populo), violence implicite des conceptions politiques lepénistes et macro-bénalistes –, une telle convergence n’a rien d’inconcevable. Au niveau des « valeurs », en tout cas. »

Emmanuel Todd, Les luttes de classes en France au XXI è siècle.

[9] Les citations de Guy Debord sont toutes tirées de la thèse 109 de La société du spectacle (1967) :

« Le mouvement ouvrier révolutionnaire, entre les deux guerres, fût anéanti par l’action conjuguée de la bureaucratie stalinienne et du totalitarisme fasciste, qui avait emprunté sa forme d’organisation au parti totalitaire expérimenté en Russie. Le fascisme a été une défense extrémiste de l’économie bourgeoise menacée par la crise et la subversion prolétarienne, l’état de siège dans la société capitaliste, par lequel cette société sauve, et se donne une première rationalisation d’urgence en faisant intervenir massivement l’Etat dans sa gestion. Mais un telle rationalisation est elle-même grevée de l’immense irrationalité de son moyen. Si le fascisme se porte à la défense des principaux points de l’idéologie bourgeoise devenue conservatrice (la famille, la propriété, l’ordre moral, la nation) en réunissant la petite-bourgeoisie et les chômeurs affolés par la crise ou déçus par l’impuissance de la révolution socialiste, il n’est pas lui-même foncièrement idéologique. Il se donne pour ce qu’il est : une résurrection violente du mythe, qui exige la participation à une communauté définie par des pseudo-valeurs archaïques : la race, le sang, le chef. Le fascisme est l’archaïsme techniquement équipé. Son ersatz décomposé du mythe est repris dans le contexte spectaculaire des moyens de conditionnement et d’illusion les plus modernes. Ainsi, il est un des facteurs dans la formation du spectaculaire moderne, de même que sa part dans la destruction de l’ancien mouvement ouvrier fait de lui une des puissances fondatrices de la société présente comme le fascisme se trouve être la forme la plus coûteuse du maintien de l’ordre capitaliste, il devait normalement quitter le devant de la scène qu’occupent les grands rôles des Etats capitalistes, éliminé par des formes plus rationnelles et plus fortes de cet ordre. »

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