Une guerre civile en France ?

La quinzaine d’un quarteron

Du 14 avril au 2 mai 2021, s’est déroulée une « affaire » dont la France éternelle a le secret.

14 avril : un capitaine retraité de la gendarmerie publie sur son site Place d’armes une lettre ouverte à nos gouvernants.

21 avril : l’hebdomadaire de droite radicale Valeurs Actuelles, afin de lui donner une plus grande publicité, la reprend sous un titre un peu différent : « Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants » : 20 généraux appellent Macron à défendre le patriotisme.

23 avril : Marine La Pen appelle « les militaires signataires à se « joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre » ».

24 avril : Place d’armes publie un billet intitulé « En réponse à Marine LE PEN » : Cette réponse commence ainsi : « Nous avons été surpris en lisant la lettre ouverte de Marine Le Pen dans Valeurs actuelles ».Puis viennent deux petites remarques :

1) « Il est pour le moins maladroit d’effectuer une opération de « racolage » pour des objectifs électoraux. »

2) « Ensuite, et peut-être le plus grave dans sa lettre, est la méconnaissance totale du monde militaire. »

25 avril : premiers gazouillis du gouvernement :

Florence Parly dénonce la récupération politique : Les mots de Madame Le Pen reflètent une méconnaissance grave de l’institution militaire, inquiétant pour quelqu’un qui veut devenir cheffe des armées.

Agnès Pannier-Runacher, dénonce le texte du capitaine retraité :« Je condamne sans réserve cette tribune d’un quarteron de généraux en charentaises… »

26 avril : lors d’une conférence de presse, Jean Luc Mélenchon dénonce cet « appel à la sédition des militaires ».

28 avril : commandé par LCI, Harris Interactive publie un sondage titré :  Réaction des Français à la publication de la tribune des militaires sur le site de Valeurs Actuelles.

Le même jour, le général Lecointre annonce que les signataires de cette tribune «encourent la radiation ou des sanctions disciplinaires ». 

29 avril : LCI rend compte de ce sondage sous le titre : Tribune des militaires : 58% des Français soutiennent l’initiative des signataires.

De son côté, la général Lecointre, chef d’état-major des armées, dénonce « une tentative de manipulation inacceptable » de la part des signataires de la dite « tribune ».

30 avril : Le général Piquemal dit pis que mal du général Lecointre.

1er mai : Valeurs Actuelles se désole de la réaction du général Lecointre et son « concurrent » Le Point publie un entretien avec un grand témoin, Jean Marie Le Pen.

2 mai : le mot de la semaine serait « sédition ». Radio Paris s’en fait l’écho en recevant Jean Dominique Merchet.

7 mai : une nouvelle tribune « plus mesurée, « signée » par plus de militaires mais « anonyme » serait annoncée et inquiéterait l’Elysée.

Comment construire une opinion publique : un exemple de viol des foules par la propagande politique contemporaine.[1]

On a vu comment un texte de ressentiment, publié sur un site confidentiel, a connu une diffusion flamboyante à partir du 21 avril dès lors qu’il a été repris par Valeurs Actuelles et abondamment commenté par toutes les chaînes d’intox.

« Quart d’heure warholien », donc, pour le « capitaine Jean-Pierre Fabre Bernadac ». Son texte est bien dans le ton de ce qui est proféré tous les jours sur CNews et dans Valeurs Actuelles. Mais il reste plus finalement plus mesuré que les commentaires qui en ont été faits.

Valeurs Actuelles a non seulement choisi le 21 avril pour le publier, afin de s’inscrire dans la mémoire de l’accession au second tour de Jean Marie Le Pen en 2002 et du « putsch d’Alger » en 1961. Il l’a aussi introduit par un titre tapageur : « Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants ». Avec des guillemets ! Alors que ces mots ne sont pas dans le texte.

LCI publie un sondage commandé à Harris Interactive. Le commentaire commence ainsi : « Tribune des militaires : 58% des Français soutiennent l’initiative des signataires. »

https://www.lci.fr/societe/tribune-des-militaires-valeurs-actuelles-58-des-francais-soutiennent-l-initiative-des-signataires-2184708.html

Puis quelques lignes plus bas : près d’une personne sur deux (49%) considère que l’armée devrait intervenir pour garantir l’ordre même sans la sollicitation du gouvernement.

Or le capitaine de gendarmerie en retraite s’est bien gardé d’aller si loin dans sa lettre à ses gouvernants. Et Harris Interactive se montre grossièrement malhonnête en construisant son sondage :

– 64% des Français auraient entendu parler de la tribune : 38% voient précisément ce dont il s’agit, mais 26% ne le verraient pas précisément. On aurait tout aussi bien pu comptabiliser ces 26% avec les 36% qui n’en ont pas entendu parler et écrire que 62% des Français ne savent pas de quoi ils parlent.

– 58% des Français déclareraient soutenir les militaires : y compris les Français qui ne savent pas de quoi ils parlent.

« Près d’1 Français sur 2 considèrent que l’armée devrait intervenir pour garantir l’ordre même sans la sollicitation du gouvernement » (1 Français au pluriel !)

J’ai cité ici le titre d’une page du sondage parce que la manipulation y atteint des sommets.

En effet, 7 affirmations ont été proposées. L’approbation qui est rappelée en titre vient en 6ème position par ordre décroissant. Mais surtout, cette éventualité (l’intervention de l’armée sans la sollicitation du gouvernement) est une innovation des sondeurs puisqu’ elle n’est pas dans le texte du capitaine de gendarmerie en retraite.

Le bidouillage est tel qu’on s’étonne presque que seulement « 45% des Français pensent que « la France connaîtra prochainement une guerre civile ».

Enfin, la 4ème affirmation est : « La société française est en train de se déliter » :

Que signifie « déliter » ? Combien de Français « voient précisément ce dont il s’agit » ? Damned ! Est-ce que ça vient de « délit » ?

Les mots et leurs employeurs : une vieille histoire

Délitement

Peut-être influencé à l’insu de son plein gré par le capitaine de pédalo, le capitaine à la retraite s’est lancé dans une anaphore audacieuse. Le mot choisi est : « délitement ».

Ce nom vient du verbe « déliter », terme technique, de maçonnerie ou de sériciculture. Il a ensuite été utilisé au sens passif : « se déliter »,  puis dans un sens métaphorique :

« Sujets où les mots se délitent, où les expressions s’émiettent (Huysmans) ;

« Et maintenant que le cénacle de ses fidèles s’est délité sous l’action du temps » (Barrès) ».

Curieusement, « délitement » a tardé à être répertorié dans les dictionnaires. On lui a préféré « délitage » (Littré) ou « délitescence » (Petit Robert). Pourtant, le mot était employé à la Belle Epoque, ainsi : « Le délitement démocratique annoncé par Maurras a déjà amené de sinistres résultats quant à l’art dramatique français » (Léon Daudet, en 1914).

J’ai trouvé ces trois citations en ligne. Sans les insulter, on peut dire que ces auteurs cités appartiennent à la  droite « nationale ou «catholique ». C’est ainsi que se définissent aujourd’hui respectivement Marine La Pen et Marion Maréchal. D’autres auteurs, plus récents, utilisent le mot pour parler de ces écrivains de la Belle Epoque : « La récession forte qui marque les années 1880 et va durer jusqu’à la fin du siècle explique cette croyance dans le délitement et la décomposition du monde. »

https://www.nonfiction.fr/article-9173-aux-origines-du-declinisme-bloy-huysmans-barres-et-les-autres.htm

L’emploi des mots n’est pas innocent : « se déliter », c’est une façon de dire « se décomposer, se désagréger ». Patrick Buisson semble aussi friand du mot  délitement »[2] Mais les traductions communes de ce mot dans d’autres langues, ce sont « disintegration », « desintegración », « disintegrazione »….[3]

Le capitaine aurait donc choisi« délitement » parce que ce mot semble jouir d’une faveur et d’une ferveur dans sa famille politique. Pourtant il avait à sa disposition le mot « décomposition » pour exprimer son angoisse. Mais « Le Cauchemar immigré dans la décomposition de la France », c’était déjà pris, et de plus par un Algérien.

Alors, il s’est rabattu sur les mots de sa tribu. Jusqu’en 1940, le fascisme à la française, c’était d’abord une aventure littéraire.

Islamo-gauchisme

Cette invention sémantique n’est pas née à l’extrême droite : Pierre André Taguieff[4] et Pascal Bruckner[5] s’en disputeraient la paternité. Selon Aljazeera, Marine La Pen l’aurait pondue toute seule « pour décrire ce qu’elle considère comme une alliance malsaine entre les « fanatiques islamistes » et la gauche française ».( La droite française se concentre sur les musulmans, 06/04/2012, sur les suites des massacres de Mohamed Merah).

A l’époque, la course à l’échalote hallal n’a profité ni à Sarkozy ni à la présidente de ce qui se faisait appeler alors le Front National.

Un an plus tôt déjà, Pascal Boniface notait : «L’originalité du concept pourrait plaider en sa faveur, mais c’est en réalité un non-sens, comme l’étaient par le passé les expressions « hitléro-trotskistes » ou « judéo-bolcheviques ». Elles aussi se voulaient disqualifiantes. Elles aussi ne reposaient que sur des fantasmes.»[6]

Curieusement, la formule a fait führer sur les chaînes d’intox en ce début d’année. Conformément à sa ligne éditoriale, CNews n’a pas hésité à poser la question  : « Islamo-gauchisme » : quand ce terme est-il apparu pour la première fois ?

Un article est paru sur son site le 18 février dernier, ce qui est drôle, c’est que cet article semble d’une neutralité et objectivité presque pathologiques dans leur cas. En effet, il y est question de Gilles Kepel qui aurait révélé : « Le phénomène existe, je l’ai constaté moi-même ».

Mais aussitôt, l’auteur de l’article, Christian Taveira, donne la parole au camp adverse : « Reste que pour une autre large partie du monde académique, « l’islamo-gauchisme » est avant tout une affirmation reposant sur un fantasme et permettant de clore le débat sur un sujet très sensible qu’est celui de l’islam. « Le terme ‘islam’ accolé à un adjectif ou un autre nom est une manière de disqualifier l’autre », résumait, en 2016, l’islamologue Rachid Benzine. »

Ce Christian Taveira ne serait-il pas un infiltré de la France Insoumise à l’insu de Bolloré ?

Sédition

Le 24 avril, avant sa conférence de presse, Mélenchon avait tweeté : « Sans doute le parquet national va-t-il se saisir de l’appel à la sédition de l’armée publié dans Valeurs Actuelles sous la signature de 100 militaires retraités. »

Il était donc nécessaire que la radio du gouvernement s’en mêle.

Le choix a donc été fait de donner la parole, non pas à un juriste, mais à un journaliste de droite, « spécialiste » des affaires militaires. Le site de Radio Paris introduit ainsi le « replay » de l’entretien :

« Depuis la Révolution française, les généraux sont appelés à sauver la nation : Lafayette, Bonaparte, Mac Mahon, général Boulanger, Pétain, De Gaulle…Constante de l’histoire politique française. Réalité ou fantasme : quand le pays va mal, la figure du général peut nous sauver. C’est le cas avec Napoléon et De Gaulle. »

Si vous avez un peu de temps à perdre, vous pouvez écoutez :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-mot-de-la-semaine/le-mot-de-la-semaine-02-mai-2021

Aux environs de 4’24, l’expert nous rassure de sa voix suave : l’armée est légitimiste. Et pour nous en convaincre, il développe :

« Si demain Marine Le Pen est élue présidente de la République, l’armée lui obéira. En revanche, les militaires votent, les militaires ont des opinions….

Et Patricia Martin enchaîne : Alors, d’un mot si vous le voulez bien pour terminer, l’armée sauveuse de la nation, est-ce que c’est… »

Mais il ne lui vient à l’idée de lui de demander : « Et si, d’aventure, Jean Luc Mélenchon était élu ? »

Cette hypothèse n’est pas la plus probable, certes, et elle n’est jamais envisagée sur cette radio. Mais si le mot « sédition » était « le mot de la semaine », c’est sans doute un peu parce que « l’Insoumis » l’avait prononcé.

Quant à l’attitude de l’armée sous une présidence La Pen, ce n’est un secret pour personne qu’elle sera plutôt favorable, puisque, l’expert l’a d’ailleurs reconnu, 40% des militaires votent pour le parti Lepeniste.

Vichy

Depuis quelques années déjà, le terme de « munichois » était utilisé pour disqualifier celles et ceux qui ne partageaient pas cette obsession de l’islam, cette peur panique du « grand remplacement ». Passé les bornes, y a plus de limites ! Dans son éditorial du Point (30 avril), Franz Olivier Gisbert écrit :

« Au vu des réactions d’une partie de la classe politique après l’assassinat d’une agente de la police, il flotte sur notre pays un relent de pétainisme.

Que les Vichyssois, les habitants de la cité thermale, veuillent bien nous pardonner. Ce n’est pas après leur merveille de ville que nous en avons, mais après le climat de lâcheté qui flotte sur le pays et rappelle, à certains égards, celui de l’Occupation nazie.

Le Maréchal est revenu. Toujours aussi pleutre qu’en 1940, il est partout, dans la justice ou la politique, et il a ses entrées dans les médias. Le pétainisme, cette idéologie de l’armistice et de l’apaisement infecte d’abord l’ultragauche, mais aussi la gauche douloureuse et la droite molasse. »

Le vaillant contradicteur qui se faisait maltraiter par Jean Marie Le Pen est mûr aujourd’hui pour voter Rassemblement National, mais il se peut qu’il ne le sache pas.

https://m.ina.fr/video/I04070154/jean-marie-le-pen-a-propos-du-choix-de-la-nationalite-video.html

Mais au-delà de la déconfiture d’une ancienne gloire télévisuelle, il faut remarquer que ces dénonciations des « munichois », hier, et des « vichystes », aujourd’hui, constitue une innovation dans les discours de droite : c’est un usage sans vergogne du « point Godwin ».

En 1983, un écrivain israélien, Zeev Sternhell, publiait Ni droite ni gauche, une enquête sur les origines françaises du fascisme :

« C’est en France que la droite radicale acquiert le plus rapidement les caractéristiques essentielles du fascisme ; c’est en France aussi que ce processus arrive le plus rapidement à son terme – la veille de la Grande Guerre. Le mot n’existe pas alors, mais le phénomène est déjà là, pourvu d’un cadre conceptuel bien solide. Pour devenir une force politique il n’attend plus que l’éclosion des conditions socio-économiques propices, à savoir : un chômage étendu, une classe moyenne appauvrie, des petits- bourgeois terrorisés. »

Bien sûr, ce livre a été fort mal reçu en France où l’on s’en tenait, et où s’en tient toujours, à la « théorie des trois droites ». Selon cette théorie, Emmanuel Macron serait le représentant d’une « droite orléaniste » et Marine La Pen… une « républicaine ».

Il est permis de voir les choses un peu différemment.

« Ni droite ni gauche » est le slogan de tous les fascismes. « Et de droite, et de gauche » n’en est qu’un variante, une coquetterie.

Tout à sa démonstration, Sternhell oublie de souligner que le fascisme à la française n’a jamais triomphé par ses propres moyens : il lui a fallu le secours de l’Allemagne pour prendre le pouvoir en 1940.

Mais soixante dix ans, plus tôt, la bourgeoisie française avait reçu le secours de la Prusse pour écraser la Commune de Paris.

Versailles et Vichy sont les deux visages du fascisme à la française, masqués aujourd’hui sous le voile d’un « républicanisme » si suspect que, pour s’en revendiquer, il n’hésite pas à commémorer le général qui a mis fin à la première République.

 

Une guerre civile en France ?

« La dissidence, de nos jours, est considérée comme un acte antipatriotique. Et depuis le 11 septembre, il est mal vu de critiquer quelqu’un en uniforme, quel que soit l’uniforme. »

John Grisham,

L’insoumis (2015, trad 2016)

« Les faits sont là : les immigrés existent bel et bien, la preuve n’en étant pas seulement que, de temps à autre, on en fait manger aux policiers, ou à des « xénophages » occasionnels. Jusqu’à présent on a traité les immigrés pour ce qu’ils étaient : des travailleurs, vivant dans des conditions plus ou moins ignominieuses. Et à ce trait on reconnaît ce qui a toujours été la condition de la classe ouvrière. En somme les immigrés n’ont pas d’histoire distincte, séparée du reste de la société : l’économie moderne, selon ses besoins, les a toujours intégrés. »

Mezioud Ouldamer,

Le Cauchemar immigré dans la décomposition de la France (1986)

« Oui, reprit l’étranger après une pause, deux nations, entre lesquelles il n’existe ni rapports ni sympathies. Les hommes qui les composent sont étrangers les uns aux autres, leurs pensées et leurs sentiments diffèrent ; ils n’ont ni les mêmes habitudes ni les mêmes mœurs ; ils ne sont pas gouvernés par les mêmes lois.

— De qui voulez-vous donc parler?

— Des riches et des pauvres. »

Benjamin Disraeli,

Sybil ou les deux nations (1845)

On sait que la tradition britannique de la « nation » diffère de la française : le Royaume Uni tient lieu d’une « res publica » où se déploie une « citoyenneté » commune aux nations anglaise, écossaise, galloise et irlandaise. Benjamin Disraeli, homme d’Etat et homme de lettres, fait un pas de plus en reconnaissant dans le royaume deux autres nations.[7]

Il serait plus exact de parler des « possédants » et des « possédés », et le génie de la langue française fait que le second terme connaît des usages révélateurs :« être possédé » et «se faire posséder ».

En dehors d’une guerre civile ou d’une révolution, ces deux « nations » ne se font pas face comme deux armées. Quelques « riches ou possédants » sont véritablement altruistes et  beaucoup de « pauvres ou possédés » ne veulent pas être assignés à cette condition et préfèrent s’identifier à de « petits riches ou possédants ». Ils adoptent les attitudes électorales, notamment, des classes qui leur sont supérieures et professent le mépris pour celles qui leur sont inférieures. Pour faire taire toute dissidence, les « commissaires politiques », c’est-à-dire la quasi totalité des médias (experts autoproclamés, compris) ont inventé ces dernières années une notion aussi creuse que celle d’islamo-gauchisme : le « racisme anti-riches ».

Alors, lorsque, depuis des semaines, les mêmes font la promotion de la « lutte des classes », menacée selon eux par la « lutte des races », on doit s’inquiéter de cette manipulation grossière.

« Citoyens, Vous avez peur et vous avez raison. Chaque instant est si effrayant. » disait un tract anonyme, d’inspiration situationniste en 1986. Et la même année, Ouldamer écrivait : « La déraison dirigeante va maintenant plus loin : il ne suffit plus dabuser le peuple pour régner sur lui ; il faut en outre le terroriser, et tous les jours. ».

Il écrivait aussi : « si la France existe encore, et si les immigrés lui posent un problème, pourquoi ne règle-t-elle pas ce problème de manière définitive, avec hardiesse, par exemple en les exterminant tous? Ce ne sera pas une nouveauté dans l’histoire qu’un peuple entreprenne de rayer de la carte humaine un autre peuple, quand son intérêt le lui commande. »

« On ne va pas se cacher derrière son petit doigt » : ceux qu’on appelait jadis des « immigrés », on les appelle depuis le début du siècle des « musulmans », des « islamistes », des « terroristes »

Le capitaine en retraite, lui, s’indigne vertueusement que, dans des facultés où des paumés perdent leur temps, « certains parlent de racialisme, d’indigénisme et de théories décoloniales ». Mais ils ne lui vient pas à l’esprit que ces « indigènes » ne font que retourner contre « La belle France »[8] le langage du colonisateur[9]. C’est de bonne guerre, pourtant.

Un autre général, Patrice de Mac Mahon ,devenu président de la république, résumait bien la situation : « C’est vous, le nègre? Eh bien, continuez »

Personnellement, je reconnais la liberté d’expression à ces « indignés vertueux », les étudiants comme les militaires. Cependant, les réunions non mixtes et la contestation de « la belle histoire de France » m’inquiètent beaucoup moins qu’un général Piquemal écrivant au général Lecointre : « Il est bien loin le temps des Juin, De Lattre, Leclerc, Bigeard adorés de leurs hommes et parlant d’égal à égal avec le pouvoir politique. »

Palinodies et manipulations se sont succédées depuis le 14 avril. Alors que le texte original a d’abord été manipulé par ceux qui l’ont publié et commenté, on a dit qu’il avait été mal compris. Natacha Polony et Geoffroy Lejeune ont voulu nous expliquer qu’il était mal écrit et que, l’un et l’autre l’écriraient autrement.[10] Dernier rebondissement: Valeurs Actuelles (le Je suis partout du XXIè siècle) annonce le 7 mai la publication d’une nouvelle tribune « anonyme » dont le texte serait « plus mesuré »[11].

Si le vote censitaire était rétabli, Macron serait réélu sans problème. Sauf si la classe dominante lui préférait un Edouard Philippe. Le choix a été fait de n’opposer au président sortant qu’une seule alternative : Marine La Pen. L’un et l’autre sont l’objet d’une détestation d’une grande partie de la population, mais il suffit que le scénario soit respecté avec leur présence au second tour. L’abstention sera massive, mais la classe dominante s’accommodera du résultat : les « réformes » anti-sociales pourront reprendre.

Un coup d’Etat militaire n’est pas nécessaire pour établir un « parti de l’ordre ». Comme après l’écrasement de la Commune de Paris, une « union nationale » peut se constituer du RN à LREM.

Les retraités de l’armée disent vouloir éviter une « guerre civile ».

C’est plutôt une « pacification préventive » (au sens de l’Algérie française) qui nous attend. Celles et ceux qui ne voteront ni Macron ni La Pen se sentent visés par cette menace.

N’oubliez jamais que l’assassin de Jaurès a été acquitté.

Pour aller plus loin et rire un peu

https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-de-waly-dia/la-chronique-de-waly-dia-03-mai-2021

https://www.bfmtv.com/politique/jean-pierre-fabre-bernadac-a-propos-de-la-tribune-de-militaires-que-marine-le-pen-recupere-ce-qui-a-ete-fait-ca-me-gene_VN-202104270388.html


[1] Une approche voisine de la mienne a été développée ici : https://www.frustrationmagazine.fr/sondages-militaires/

[2] A rebours de cet art de gouverner, Sarkozy apparut pressé d’achever le délitement déjà ancien des institutions.

L’opinion nous soutient, mais au bout de quelques jours ce sera le délitement et on demandera : »Que fait le gouvernement ? ». Je sais de quoi je parle, croyez-moi.

La cause du peuple (2016)

[3] Des études montrent l’évolution de l’emploi des mots des deux mots dans le temps :

– « déliter » semble apparaître vers 1732, atteindre des sommets vers 1812 et 1835, tomber, puis repartir à la hausse vers 1985. Mais l’étude ne distingue pas « déliter » et « se déliter » ;

« délitement » a connu un petit succès plus tard : d’abord vers 1840-1850, puis se maintenir sur un petit plateau jusqu’en 1985 environ, avant de monter à un sommet vers 2000.

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/deliter

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/delitement

[4] la Nouvelle Judéophobie (2002)

[5] la Tyrannie de la pénitence , Essai sur le masochisme occidental (2006)

[6] Les intellectuels faussaires, Le triomphe médiatique des experts en mensonge (2011), cité par Libération du 14/04/2014. https://www.liberation.fr/debats/2016/04/14/islamo-gauchisme-aux-origines-d-une-expression-mediatique_1445857/

[7] Cette conception fait évidemment horreur aux défenseurs de « l’universalité à la française » puisque « liberté, égalité, fraternité » est la devise de la « république, une et indivisible ». Elle ne reconnaît donc ni la nation bretonne, ni la nation corse, et encore moins une « nation des riches » et une « nation des pauvres ». Et pour le démontrer, lorsque les « pauvres » de Paris se sont constitués en Commune de Paris, il a été nécessaire de les réprimer pour fonder la IIIème république.

[8] C’est le titre d’un pamphlet de Georges Darien, auteur un peu oublié qui mérite d’être qualifier de libertaire.

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Troupes_coloniales

[10] Sur je ne sais plus quelle chaîne d’intox, BFM, je crois.

[11] https://www.valeursactuelles.com/societe/tribune-des-generaux-2-000-militaires-dactive-sappretent-a-signer-un-nouveau-texte/

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